Pourquoi ce soir ai je besoin d'écrire un peu sur toi Maman ??
J'essaie de faire une page de scrap avec une photo de toi et Ilona et il m'est impossible de faire quoi que ce soit. Je reste figée devant la photo sans pouvoir détacher les yeux de ton visage.
Pourtant nous n'avons pas été les meilleures amies du monde toutes les deux. Tu m'as aimée, sûrement, tu m'as haïe aussi quand il a fallut que je prenne des décisions à ta place. Quand tu n'allais pas bien.
Pourquoi faut il que ce soit ces moments là que je garde au point que les autres aient été effacés de ma mémoire ?
Ton regard dans ces moments là ... jamais je ne pourrai l'oublier. Dur, si dur.
Pourquoi n'ai je aucun souvenir de mots tendres, de câlin , de baiser, de tendresse avec toi quand j'étais petite ? Pourtant dis moi j'en ai eu ... hein ?
Peut être est ce pour ça que moi je suis si proche de mes enfants, que j'ai ce besoin de les toucher, de leur dire que je les aime.
Cela fait maintenant presque deux ans que tu n'es plus là. 2 ans que tu me manque. 2 ans que j'avance sans toi mais que tu es présente chaque jour. 2 ans que j'ai envie de décrocher ce putain de téléphone pour t'appeler, prendre de tes nouvelles ou simplement discuter comme nous le faisions souvent.
Cette saloperie de crabe t'a emporté en 15 mois. Toi qui avait voulu finir avec cette vie plusieurs fois avant ...
Ces moments là, de folie, de désespoir, tes yeux vides, perdus, sans expression, ça non plus je ne pourrai l'oublier. Jamais. Ton regard. Tu vois encore ton regard. Dur, perdu. Il est si présent dans ma vie.
Et puis ce lundi 26 juin 2006. Nous étions à tes côtés bien sûr mais pas comme nous l'aurions voulu.
Tu es arrivée aux urgences le matin après que j'ai appelé les secours, tu n'arrivais plus à respirer. Encore. Malgré l'oxygène que tu avais déjà.
Papa m'a appelé, il ne savait pas quoi faire. Je suis arrivée très vite. Avec le petit que je gardais ce jour là. Ilona n'était pas là. Cécile ne travaillais pas ce matin là. J'ai d'abord remonté l'oxygène, un court moment. Mais rien de mieux cette fois ne se produisait contrairement aux autres fois. Je ne t'ai pas laissé le choix. J'ai appelé les pompiers. Tu m'as dit de ton fauteuil "non je ne veux pas". Je l'ai fait maman. Je ne pouvais pas te laisser ainsi. Je ne pouvais pas.
Cette fois encore tu as du m'en vouloir. Une dernière fois ...
Et puis on pensait que ce serait encore une alerte. Comme les autres fois.
Tu as été mise ensuite "par manque de place ailleurs" dans une salle de soins au bout d'un couloir. C'est là que nous t'avons retrouvée après qu'on nous ait prévenus qu'il fallait venir, vite.
Là on nous a fait rentrer. Il y a avait beaucoup de monde. Trop de monde autour de nous. Et un médecin. Un CON. En nous voyant, à voix haute et devant toi il nous dit "allez, venez vous allez lui dire au revoir maintenant avant qu'elle parte".
Nous savions que c'était la fin. En arrivant nous avions vu le Dr Angelier, l'oncologue qui t'a suivie et qui nous a appelés en début d'après midi. Elle nous avait dit. Elle nous avait dit que le soir tout serait terminé. Tes poumons s'étaient totalement détruits en quelques heures.
Mais ce type. De quel droit nous a t'il parlé ainsi, devant toi. Là aussi ... ton regard. Nous voir tous les 4 ici, en plein après midi un lundi ... papa, Anne, Marie-Claire, moi. Tu devais te douter. Avoir peur.
Ce type aurait pu être humain, nous parler "à part", te parler à toi. Mais non. Rien de tel.
Et puis il a fallu libérer cette pièce ... ils t'ont mise dans une chambre, toujours aux urgences. Une "chambre" sordide, triste, à la peinture qui s'écaillait. Et là nous avons attendu. La fin. Ta fin. Nous nous sommes relayés tous, tout l'après midi, toute la soirée.
A 21 h Claire et moi étions à tes côtés. Mahnaz était là également. Tu es partie doucement après qu'enfin une infirmière ait mis une dose de morphine dans la pompe.
Tu t'es endormie. Tu as lâché la main de Claire, lâché ce drap auquel tu t'agripais depuis ton arrivée. De peur, d'angoisse. C'était dur. Si dur de te voir ainsi. Nous impuissants.
Nous n'avons pu qu'aller voir un médecin pour lui demander de faire quelque chose pour accélérer cette fin inévitable et surtout abréger cette souffrance morale. Le plus dur pour nous. Nous savions que tu ne souffrais pas autrement. Mais la souffrance physique est elle la plus dure ??
Peut être aurais tu préféré rester chez toi. Partir chez toi. Nous n'avons jamais su avant ce que tu aurais voulu. Nous n'avions jamais parlé de ta maladie vraiment avec toi. Nous ne savions pas si toi tu savais que les semaines, les jours étaient comptés. Nous, nous le savions.
Voilà .. je ne sais pas pourquoi ce soir il a fallu que je repense à toute cette journée.
Tu me manque maman. Enormément. On s'aperçoit toujours trop tard que nos parents sont plus précieux que ce qu'on veut bien croire. Tant qu'ils sont là on ne sait pas en profiter.
Pardon pour ces années manquées. Je t'aime.